6 mars 2017

Correction : la partie la plus longue


Je ne sais pas si ce mythe existe encore, mais au cas où : non, le roman (ou nouvelle) fini que le lecteur tient entre ses mains n'est pas identique à la version obtenue par l'auteur au moment où il pose le point final pour la première fois.
Au milieu, se passe un événement magique : les corrections.

Comme pour le premier jet, l'étape des corrections est très variable pour chaque auteur.
Certains corrigent au fur et à mesure qu'ils écrivent et me font mentir, car ils le font tant et si bien que le mot "Fin" posé, le manuscrit est effectivement prêt à l'envoi, mais sachez qu'il y a corrections tout de même, seulement au fur et à mesure de l'écriture. D'autres attendent d'avoir fini. D'autres encore n'écrivent pas un premier jet complet et passent directement au second. Bref, c'est un peu la foire.
Le dénominateur commun, c'est qu'à la fin, l'auteur obtient un objet dont il est satisfait et sur lequel il a, souvent, sué sang et eau.
Cet article ne sera donc pas un guide absolu en 20 étapes sur comment bien corriger son roman. Je ne crois pas aux conseils d'écriture et encore moins aux absolus du type "Il faut faire comme ça, sinon ce que vous écrirez sera mauvais".
Par contre, je crois au partage d'expérience et à la possibilité pour chacun, en découvrant la façon de faire de l'autre, de se rendre compte de la diversité des approches et de piocher, pourquoi pas, une idée ou deux qui pourrait lui plaire.
Ainsi, je vais vous parler ici de mon processus de correction
. Divisé en plusieurs cas : les romans et les nouvelles, et à chaque fois, les textes tous neufs ou les vieilleries que je ressors du tiroir. C'est parti.

Les nouvelles

Je commence ici car c'est tout bonnement les nouvelles qui les premières ont attiré mes efforts en la matière.
En effet, comme j'ai déjà pu le dire sur le blog, mes premiers textes finis (car en termes de débuts d'épopées fantasy avortées, j'ai de quoi faire avec mes cahiers d'adolescence) furent des nouvelles. J'ai commencé à 15 ans et mon processus a pris quelques années à se roder avec un outil clef : la bêta-lecture.
Ainsi donc, comment je corrige ?

Tout d'abord, les nouvelles fraîches, ce qui est le cas majoritaire, les délais d'AT ne permettant pas de laisser mijoter ces textes assez longtemps (il me faut bien un an ou deux pour avoir le recul nécessaire pour m'auto-bêta-lire).
Donc, quand je finis un texte, je le laisse dormir une nuit. Puis, le lendemain, je le relis, pour lisser les coquilles et corriger quelques phrases par-ci par-là, et c'est tout. Car je n'ai absolument aucun recul sur un texte fraîchement terminé. Je n'en verrais les défauts que si on me met le nez dessus.
Je poste donc ma nouvelle sur Cocyclics, ou je l'envoie à mes bêtas-off, c'est selon l'humeur. Quand je reçois les retour, je lis les synthèses globales, qui contiennent les gros problèmes de fond, et je digère.
Je me laisse quelques jours pour cogiter le tout, en tâche de fond. Puis, quand j'ai une bonne idée de quoi faire, je me mets à l'ouvrage. Je commence par relire les retours de fond, pour ne rien oublier, et j'applique mes corrections au texte.
Cela fait, je déroule les bêtas de détails au fil du texte. Je relis un paragraphe, le modifie, puis lis les remarques sur le paragraphe et les applique.
C'est un travail fastidieux, mais il me permet de tout traiter et d'obtenir le meilleur texte possible. Pour mes premières histoires, je postais de nouvelles versions sur le port et recommençais le processus. Mais depuis, j'ai suffisamment pris confiance dans ma capacité à corriger pour envoyer cette version.

Voici mon processus le plus courant, mais qu'en est-il des vieux textes ?
En effet, j'ai eu l'occasion cet été de dépoussiérer de vieilles nouvelles pour constituer un recueil et, les délais de réponse aidant, j'ai parfois des nouvelles qui ont pris un coup de vieux.
S'ajoute donc une étape de corrections personnelle : l'auto-bêta-lecture.
Tout simplement, carnet de note en main, je relis le texte et je note tous les défauts que je lui trouve.
Parfois, la liste est longue, tellement longue et l'idée tellement insipide à mon goût que je décide de vouer le texte en question à l'oubli. Mais si jamais persiste une lueur d'espoir, que j'aime encore cette histoire, je lui laisse une chance. Le plus souvent, je réécris totalement, avec en tête les défauts à ne pas répéter. Il est parfois plus simple de repartir d'une ardoise propre que de tenter de bricoler un texte trop bancal. Parfois, je corrige intensivement.
La suite se passe comme pour les nouvelles fraîches : je me relis et je confie à des bêta-lecteurs tiers.

Les romans

Vous l'aurez remarqué, au chapitre des nouvelles, je n'ai que peu évoqué le concept de prise de notes. C'est très simple, j'ai besoin que les choses soient dans ma tête pour y tourbillonner et donner du neuf. Que ce soit à l'étape de l'écriture comme à la cogitation des mesures correctives, j'apprécie d'avoir mon cerveau actif dessus. Or, quand je note un truc, j'externalise l'information tant et si bien qu'elle
n'est plus du tout dans ma tête. Compliqué, pour la cogitation active à base de douches et de long trajets en voiture.
Cela dit, cette approche a une faille : mon cerveau, il a beau avoir de l'espace, ça reste limité et des correctifs détaillés pour tout un roman, ça ne rentre pas.
J'ai donc du adapter ma façon de faire la première fois que je me suis attaquée à une correction de roman avec Les Baleines Célestes.
Comme mon travail sur les romans est plus récent, mon processus reste, cela dit, encore mouvant, mais je vais m'efforcer d'en dégager les grandes lignes, tout d'abord pour un roman fraîchement fini avant de voir les spécificités d'un travail plus ancien.

Comme pour les nouvelles, je n'ai strictement aucun recul. Alors, comme pour les nouvelles, je fais appel à un peu d'aide.
Tout d'abord, une fois le manuscrit terminé, je relis, afin de nettoyer (en théorie, j'ai eu donné, honte à moi, des manus non relus à lire à mes alphas, je leur suis éternellement reconnaissante de leur indulgence sur ce point tant je suis capable de semer des horreurs en termes de coquilles).
Puis j'envoie à d'adorables lecteurs. Je ne reviendrais pas sur le déroulement du cycle Cocy (plus de détails ici), je vais rester sur le travail que je fais de façon globale.
Je reçois donc, après lecture, des retours.
Comme pour les nouvelles, je cogite les points de fond, parfois bien plus longtemps que pour une nouvelle, c'est à dire que la longueur de la liste des points à reprendre est proportionnelle à la taille du manuscrit.
Et c'est là que la différence avec les nouvelles apparaît : je note. Eh oui, je prend un carnet (fidèle au papier je suis, mes neurones mieux alignés ainsi sont) et je mets au propre tous les points soulevés par les synthèses, en vrac, puis je fait une liste des correctifs à apporter, de façon un peu plus ordonnée.
Sur les Baleines Célestes, à l'époque, j'ai construis un scène à scène, afin de retrouver facilement ce qui se passait à quel moment et de plus facilement indiquer ce qui devait être changé et où. Sinon, je me contente parfois de juste noter chapitre à chapitre et de voir au fil de la lecture/correction où cela s'insère le mieux (comme je le disais, tâtonnement encore majoritaire sur les romans).
Si j'ai des retours de détail, je les traite comme pour les nouvelles, paragraphe à paragraphe.
Et à la fin, je fais une dernière relecture pour traquer les coquilles avant de l'envoyer tenter sa chance auprès des éditeurs.

Pour les romans plus anciens, comme pour les nouvelles, s'ajoute une étape d'auto-bêta-lecture. Carnet de notes en mains, je note chapitre à chapitre ce qui me parait raté. Une fois ce travail terminé, je peux créer un plan d'attaque et faire une première correction par moi-même avant de demander de l'aide à un de mes bêtas. Ou alors décider de réécrire, comme pour le manu que je suis en train de relire


Comme vous pouvez l'imaginer, et comme le titre de cet article l'indique, la correction est ce qui me prend le plus de temps. Notablement plus.
C'est un processus que j’abhorrais au début. Car relire mes textes m'ennuie, je les connais déjà, il n'y a plus de découverte, d'inconnu à déchiffrer (ce qui est, je le rappelle, le moteur de ma façon d'écrire jardinière).
Et puis, j'ai appris à aimer le retravail du fond, car lui aussi, au final, fait appel à la créativité. Il faut imaginer des connecteurs, boucher les trous narratifs et mille et unes autres façons de créer. Et puis, sur la forme, ma foi, il faut bien peaufiner ses phrases avec amour.
Donc au final, j'aime bien les corrections aussi, même si, admettons-le, rien ne bat l'enthousiasme d'un premier jet.

Et les copains auteurs, vous faites très différents, pour vos corrections ?

3 commentaires:

  1. Je cherche encore la méthode idéale. Globalement chez moi, c'est le bazar. Mais, des notes manuscrites, oui, sur un doc à part.

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    1. Ma foi, tant que tu t'y retrouves dans ton bazar... ^^
      C'est comme l'écriture, ça demande beaucoup de tatonnage pour identifier ce qui marche et le mettre en place.
      Et je trouve que le format nouvelle, de par sa taille, n'engage pas à formaliser/aplanir un peu sa méthode.
      C'est comme un puzzle : sur des petits, tu y vas au feeling dans tous les sens. Et plus c'est gros, plus t'as le besoin de rationaliser/organiser/mettre en place une méthode sinon c'est la foire. :)

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  2. Et... Article très intéressant, au passage !

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